Quel genre de musique vous faites?
Ô ingrate question, quels tourments n'as-tu pas causés?
(Corneille, Le Cidre)
Tous ceux qui se sont livrés à l'exercice parfois exaltant de jouer
dans un groupe ont eu à faire face à cette question d'apparence si anodine. Dans le cas
de Miriodor, l'occasion est d'autant plus vexante pour ses membres qu'en général nous ne
savons pas trop quoi répondre d'intelligent. La plupart des groupes instrumentaux mettent
une grande emphase sur la musique improvisée, ce qui n'est clairement pas notre cas.
Il arrive que les albums de Miriodor aboutissent chez le disquaire dans le rayon
« jazz contemporain », mais ça n'a pourtant pas grand-chose à voir avec John Zorn
ou Cecil Taylor. On les a aussi liés à plusieurs groupes de rock progressif et de RIO
(Rock In Opposition), mais nous gardons l'impression que cette filiation n'est que
partielle. D'autres encore voient en Miriodor un groupe de musique expérimentale, mais comme
aurait pu le dire Varèse, une fois qu'on joue cette musique, on n'est plus en train
d'expérimenter. Les pièces sont montées et démontées un nombre grotesque de fois avant d'être
enregistrées, mais une fois leur gestation terminée, elles ne changent en général pas beaucoup.
Alors, de quel genre de musique s'agit-il?
Allons-y bravement : on n’en a aucune espèce d'idée. On s'amuse
comme des lutins dans le sous-sol de Dave Kerman à essayer de mettre dans ces pièces
autant de virages en tête d'épingle, de téléscopages stylistiques, de contrepoints
tordus, de contre-chants ridicules, de rythmes dysfonctionnels et d'harmonies grimaçantes
que possible, et on espère de tout coeur que serez aussi euphoriques à écouter ces pièces
que nous le sommes à les jouer, mais on ne sait toujours pas de quel genre musical il s'agit.
Un jour, pendant un long voyage en fourgonnette entre Ann Arbour (Michigan) et Chicago,
notre bienveillant bassiste Nicolas Masino a formulé cette description de nos perpétuels
efforts : « musique de chambre post-moderne d'inspiration rock, avec des zébrures
amusantes ». C'est ce que ça donne quand on reste trop longtemps à l'école.